La bête regarda l’homme venir vers elle

Victor Hugo

Toute la lyre

La bête regarda l’homme venir vers elle. Ses quatre pieds, sa croupe âpre et surnaturelle, Et son ventre hideux couvraient plus d’un arpent ; Avec les torsions subites du serpent Elle avait l’œil du tigre, et les vautours farouches Volaient sur elle ainsi que sur un ver les mouches ; On eût dit que le mont sous son poids étouffait ; Un lion rugissant près d’elle n’eût pas fait Plus d’effet que Moschus soupirant une idylle ; L’ombre semblait avoir peur de ce crocodile ; Sa gueule était le gouffre où la lave apparaît ; Ses glissements étaient marqués dans la forêt Par des écrasements de roches et de chênes ; Sa prunelle était faite avec toutes les haines Que l’enfer fait flamber à ses noirs soupiraux ; Elle rugit. — Bonjour, lézard, dit le héros.