Ballade XLVII
Charles d’Orléans
Poème de la prison
Vous, soyez la tresbien venue
Vers mon cueur, Joyeuse Nouvelle,
Avez vous point ma Dame veue ?
Contez moi quelque chose d’elle.
Dittes moi, n’est elle pas telle
Qu’était, quant derrenierement,
Pour m’ôter de merencolie,
M’escrivy amoureusement :
« C’êtes vous de qui suis amye. »
Son vouloir, jamais ne se mue,
Ce crois je, mais tient la querelle
De Léauté, qu’a retenue
Sa plus prochaine damoiselle ;
Bien le monstre, sans que le celle,
Qu’elle se maintient léaument,
Quant lui plaît, dont je la mercie,
Me mander si tresdoulcement :
« C’êtes vous de qui suis amye. »
Pour le plus eureux soubz la nue
Me tiens, quant m’amye s’appelle ;
Car en tous lieux, où est congneue,
Chacun la nomme la plus belle.
Dieu doint que, maugré le rebelle
Dangier, je la voie briefment,
Et que de sa bouche me die :
Ami, pensez que seulement
C’êtes vous de qui suis amye.
J’ai en mon cueur joyeusement
Escript, afin que ne l’oublie,
Ce refrain qu’aime chierement :
C’êtes vous de qui suis amye.