Ballade XLV

Charles d’Orléans

Poème de la prison

Se Dieu plaît, briefment la nuée De ma tristesse passera, Belle tresloyaument aimée, Et le beau temps se monstrera : Mais savez vous quant ce sera ? Quant le doux souleil gracieux De votre bcaulté entrera Par les fenestres de mes yeulx Lors la chambre de ma pensée De grant plaisance reluira Et sera de joie parée, Adonc mon cueur s’esveillera Qui en deuil dormy long temps a. Plus ne dormira, se m’aid Dieux, Quant caste clarté le ferra Par les fenestres de mes yeulx. Hélas ! quant vendra la journée, Qu’ainsi avenir me pourra, Ma maîtresse tresdesirée ? Pensez vous que brief avendra ? Car mon cueur toujours languira En ennui, sans point avoir mieulx, Jusqu’à tant que cecy verra Par les fenestres de mes yeulx. De réconfort mon cueur aura Autant que nul dessoubz les cieulx, Belle, quant vous regardera Par les fenestres de mes yeulx.