Giboulées

Marie Krysinska

Joies errantes — 1894

Les anémones refleuries Ouvrent leurs batistes légères Comme des guimpes de bergères. Le vent nouveau, ivre de parfums, Caresse les branches encore nues ; Et, dans le beau ciel, les claires nues Sont couleurs d’ailes De tourterelles. Le soleil, d’or paré, Ramène Pâques fleurie Comme une blanche épousée. Mais les folles averses crèvent En pleurs tumultueux Sur les fleurettes, sur les rêves, Et dans les tendres yeux Des amoureuses, des amoureux. En pleurs tumultueux Les folles averses crèvent. Ô l’exquise saison ! Ô l’insigne charme Des tristesses sans raison, Des baisers trempés de larmes !…