Écrit sur la première page d'un livre de Joseph de Maistre

Victor Hugo

Les Quatre Vents de l’esprit — 1881

Cathédrale monstre ! Bâtie Contre le droit et le devoir ! Plan incliné. La sacristie, Glissante, devient l'abattoir. Ici les cierges, là les torches. Dans ce temple, à deux fins construit, On juxtapose les deux porches De la lumière et de la nuit. Fausse lumière et nuit réelle. L'ombre de Rome sur Paris. Une aigle ayant au bout de l'aile Des ongles de chauve-souris. Une logique épouvantable Invente, ô peuple sans vengeurs, Un Reims étrange à double table Où sont assis tes deux mangeurs. Les deux noirs êtres qui te rongent, Le magnifique et le hideux, Boivent ton sang ensemble, et songent, Avec leur prêtre à côté d'eux. Double chapelle, et double apôtre. Bonald en l'une, altier zéro, Couronne le prince, et, dans l'autre, De Maistre sacre le bourreau. L'horreur à l'empire est mêlée. On a sur le trône étalé Une pourpre coagulée Qui de l'échafaud a coulé. Un homme règne, un homme fauche ; Soit. J'ai toujours cru qu'on verrait Se marier de la main gauche L'épée avec le couperet.