Dieux ! que j’ai été deceûe

Christine de Pizan

Virelays

Dieux ! que j’ai été deceüe De celui, dont je bien cuidoie Qu’entièrement s’amour fut moye ! A tart me suis aperceüe. Or sais je toute l’encloüre Et comment il se gouvernoit : Une autre amoit, jen suis seiire, Et si beau semblant me monstroit Que j’ai ferme creance eüe, Qu’il ne desirast autre joie Fors moi ; mais temps est que je voie La traïson qu’il m’a teüe ; Dieux ! que j’ai été deceüe ! Mais d’une chose l’asseüre, Puis que je vois qu’il me déçoit, Que jamais sa regardeüre, Ne le semblant qu’il me monstroit, Ne les bourdes dont m’a peüe, Ne feront tant que je le croie ; Car oncques mais, se Dieux me voie, Ne fu tel traïson veüe. Dieux ! que j’ai été deceüe !