À madame d’Ussé.

Antoinette Des Houlières

Poésies de Madame Deshoulières — 1688

Quelqu’un qui n’est pas votre époux, Et pour qui cependant, soit dit sans vous déplaire, Vous sentez quelque chose et de vif et de doux, Me disait l’autre jour de prendre un ton sévère Pour… Mais dans vos beaux yeux je vois de la colère ! Loin de gronder, apaisez-vous ; Ce quelqu’un n’est, Iris, que votre illustre père. Elle papillonne toujours, Me disait ce grand homme, et rien ne la corrige ; En attendant qu’un jour la raison la dirige, Elle aurait grand besoin de quelque autre secours. Employez tous les traits que fournit la satire Contre une activité qui du matin au soir La fait courir, sauter et rire. Assez imprudemment je lui promis d’écrire : Car quelle raison peut valoir Contre un léger défaut que la jeunesse donne, Et que je ne connais personne Qui ne voulût encore avoir. Avecque quatorze ans écrits sur le visage, Il vous ferait beau voir prendre un air sérieux ! Ne renversez point l’ordre établi par l’usage. Hé ! que peut-on faire de mieux Que de folâtrer à votre âge ? Vous avez devant vous dix ans de badinage ; Qu’il ne s’y mêle point de momens ennuyeux. Qu’entre les jeux, les ris, s’écoule et se partage Un temps si beau, si précieux. Vous n’en aurez que trop, hélas ! pour être sage. Tout bien considéré, qu’est-ce que gâte en vous L’activité qu’on vous reproche ? Votre esprit n’en est pas moins doux : Vos yeux n’en blessent pas de moins dangereux coups L’insensible qui vous approche. Vous mène-t-elle à gauche, ou plus loin qu’il ne faut ? Non, Iris ; et plus je raisonne, Moins je trouve qu’un tel défaut Ôte les agrémens que la nature donne. Par exemple, voici des faits Assez connus pour qu’on s’y fonde. Les zéphyrs, les ruisseaux ne s’arrêtent jamais : Par leur activité perdent-ils leurs attraits ? Contre elle est-il quelqu’un qui gronde ? Et voit-on qu’on trouve mauvais Que ce dieu que déjà vous fournissez de traits Aille sans cesse par le monde Troubler des cœurs l’heureuse paix ? Mais, sans chercher si loin, et sans tant de mystère, Quels exemples d’activité Ne rencontrez-vous point dans votre illustre père ! Il lui sied bien, en vérité, De me proposer de vous faire Des leçons de tranquillité, Lui qui, soit en paix, soit en guerre, Goûte moins le repos que ne font les lutins ; Lui qui, presque semblable à ces fiers paladins Qui parcouraient toute la terre, Enlève à des géans envieux et mutins, Non de libertines infantes, Mais, en chemin faisant, des places importantes, Qui de l’heureuse France assurent les destins ! Que sur ces procédés, Iris, il réfléchisse, Et qu’il nous dise un peu s’il croît qu’il soit permis De considérer comme un vice Ce courage agissant qu’en lui le ciel a mis. Si quelqu’un peut s’en plaindre avec quelque justice, Ce ne sont que nos ennemis. Comme la bonne foi dans mes discours éclate, Je ne vous dissimule pas Qu’en suivant mes conseils, on peut faire un faux pas, Et que l’affaire est délicate. Ils sont beaux cependant ; mais, jeune et belle Iris, Il ne faut point que je me flatte, Le temps diminuera leur prix. Ainsi, quand vous voudrez suivre ce que j’écris, Regardez-en en toujours la date. De Paris, la veille des Rois, L’an mil six cent quatre-vingt douze, Temps où, par de sévères lois, L’Église défend qu’on épouse.