Qui sait si tout n’est pas un pourrissoir immense ?

Victor Hugo

Toute la lyre

Qui sait si tout n’est pas un pourrissoir immense ? Qui sait si ce qu’on croit gloire, vie et semence, N’est pas horreur et deuil ? Contemplateur sur qui le rayon des nuits tombe, Qui sait si ce n’est pas de néant et de tombe Que tu remplis ton œil ? Qui sait, espaces noirs, éthers, vagues lumières, Si le fourmillement mystérieux des sphères Ne ronge pas le ciel ? Et si l’aube n’est pas la rougeur d’une torche Qui passe, et que quelqu’un promène sous le porche Du sépulcre éternel ? Peut-être que l’abîme est un vaste ossuaire, Que la comète rampe aux plis d’un noir suaire, Ô vivants pleins de bruit, Peut-être que la Mort, colossale et hagarde, Est sous le firmament penchée, et vous regarde Ayant pour front la nuit ! Peut-être que le monde est une chose morte ; Peut-être que le ciel où la saison apporte Tant de rayons divers, Ô mortels, est soumis à la loi qui vous navre, Et que de cet énorme et splendide cadavre Les astres sont les vers !