Les Fleurs

Émile Verhaeren

Les Plaines — 1911

En ces heures de jeune et bel avril dardé, L’hiver, à tout jamais, semble barricadé Là-bas, au nord, derrière un mur géant de glace. Des souffles doux à de longs vols d’oiseaux s’enlacent Et visitent les champs, les bois et les vergers. Les abricotiers clairs et les pêchers légers Se décorent de fleurs blanches, roses, vermeilles Pour leurs noces avec le peuple des abeilles. Voici la bugle et le narcisse et le genêt Et la surelle et la bourse-à-pasteur, qui naît Aux premières clartés et vit jusqu’en décembre. Pistils couleur de sang, pétales couleur d’ambre, Toutes les fleurs, miettes de pluie ou de soleil, Avec joie et candeur sortent de leur sommeil Et regardent, avec leurs millions d’yeux chastes, Le printemps fourmillant ramper sous le ciel vaste.