Qu’en France soit si mençonge eslevée
Christine de Pizan
Autres balades
Merveilles est et serait fort a croire
Es estranges contrées qu’il peust être,
Qu’en ce pays, qui de longue mémoire
Est renommé en honnour sur tout être.
Que vérité, depuis le greigneur maistre
Jusqu’au petit, si a paine trouvée
Fut comme elle est, c’est bien chose senestre
Qu’en France soit si mençonge eslevée.
Mais de parler bel n’y voit on recroire
Les principaulx, et pour faire gens paître
Grands promesses, dont l’attente n’est voire,
Ne leur coustent riens, mais qui s’en empestre
Se puet de vent comme pluvier repaître ;
Car long effait en yst, chose est prouvée,
Cest lait renom n’aquiert se noble en être
Qu’en France soit si mençonge eslevée.
Et quant a moi, pour ce que si nottoire
Mençonge vois, il n’est chose terrestre
Qu’on me die, quiconque la m’avoire,
Ne promesce jurée de main destre,
Que je croye se le vois ne vois n’être ;
Car pou y truys fors que fraude esprouvée,
Et c’est pitié, par le haut Dieu celestre,
Qu’en France soit si mençonge eslevée.
Ha ! haulx princes, pour Dieu ne vous adresce
Vice si lait, c’est chose reprouvée ;
Si déboutés tout homme qui empêtre
Qu’en France soit si mençonge eslevée.