La paix des champs s’étend autour de la chapelle

Francis Jammes

Clairières dans le ciel — 1906

La paix des champs s’étend autour de la chapelle. Et, au carrefour poudreux, parmi les avoines, les menthes, les chicorées et les aigremoines, se dresse un grand Christ de bois creux où les abeilles ont fait leur nid. Et on peut voir, dans le soleil, aller, venir, ces affairées pleines de miel comme des lettres noires écrites dans le ciel. De quoi nourrir son Dieu si ce n’est pas de miel? Parfois le cantonnier qui casse des cailloux lève la tête et voit le Christ, le seul ami qu’il ait sur cette route où palpite Midi. Pour casser les cailloux l’ouvrier est à genoux dans l’ombre de ce Christ dont le flanc est vermeil. Et tout le miel alors chante dans le soleil. Le poète contemple et médite. Il se dit, devant le lent frisson des champs, que chaque épi est du peuple de Dieu la sage colonie dont chaque grain attend, pour être vivifié, que des grottes du Ciel l’eau se soit élancée. Il se dit que ce grain désormais va pousser dans l’azur précieux que tout approfondit et, qu’image du Fils de Dieu, né lui aussi dans une grotte, il nourrira ceux qui ont faim. Et l’épi qui naîtra à son tour de ce grain aura la forme d’un clocher dans une aurore.