Rêverie

Louisa Siefert

Rayons perdus — 1869

Laine blanche, crochet, roulés entre mes doigts, Combien vous ai-je dit de secrets autrefois ? Combien avez-vous vu de doux rêves éclore ? Vous en souvenez-vous ?… Hélas ! j’en tremble encore. Quand mon cœur palpitait d’espérance & d’orgueil, Nous épiions un bruit de pas à notre seuil, Un coup rapide & sec derrière notre porte, Tandis qu’en même temps une voix claire & forte Vibrait & demandait si l’on pouvait entrer. La rougeur du bonheur me venait colorer, Je relevais soudain mon front ému pour dire : Bonjour ! ou bien : bonsoir ! avec un doux sourire, Et vous, je vous laissais tomber sur mes genoux. J’en tremble encore… Hélas ! vous en souvenez-vous ? Il arrivait parfois que j’étais trop troublée Pour pouvoir m’exprimer. La causerie ailée Nous effleurait alors, passant comme un oiseau Qui voltige léger & prompt. Votre réseau Était couleur de neige & moi couleur de rose. Oh ! comme en ce temps-là, la plus petite chose Me faisait vous quitter, vous prendre tour à tour ! J’avais eu beau souffrir tout le reste du jour, Comme j’oubliais tout quand l’heure était venue ! Voyez comme ma main devient blanche & menue, Dans mes doigts amaigris à peine je vous tiens : Vous tremblez maintenant… & moi, je me souviens !