Le Sabbat

Marie Krysinska

Joies errantes — 1894

Par la clairière, Blême de lumière De lune, La folle ronde Tournoie et gronde — Comme la rafale Chevauchant la pâle Lagune. C’est la gaieté — combien morose ! — C’est la peur et la soif de l’oubli guérisseur, De l’oubli destructeur De toute chose, Qui enlace : riant et criant, Ces pauvres êtres en proie À la pire joie ; Et fait ces fulgurantes étreintes d’amour Sans Amour. Mais, de cette ivresse, triste comme la Mort, Où les vivants damnés veulent fuir la Vie — Ses deuils, ses crève-cœur, ses crimes, ses remords — D’autres êtres vont naître — et l’odieuse Vie Germera triomphante en ces baisers de Mort. Par la clairière, Blême de lumière De lune, La folle ronde Tournoie et gronde…