La Habanera

Marie Krysinska

Joies errantes — 1894

En robe tissée de rayons de lune, Dansez la habanera espagnole brune ! Nerveuse et langoureuse faites virer vos reins Au son des guitares et des tambourins. Dans votre œil — vive lumière — Noir — sous la noire mantille De dentelle légère — C’est l’amour même qui brille. Dansez la habanera Ollé ! En robe de lune Espagnole brune Ollé ! Cette rose, couleur de sang, dans vos noirs cheveux N’est-elle pas la cruelle fleur Éclose en votre cœur ? Cette jolie rose en vos noirs cheveux ! Mais plus rouge encore est votre bouche qui sourit — Tendre et grave et cruelle aussi — On dirait une petite flamme sorcière, Redoutable et belle, Vers qui l’éventail, — pavillon éperdu — bat de l’aile. Dansez la habanera Ollé ! En robe de lune Espagnole brune Ollé ! Les castagnettes rythment le pas De cette danse tournoyante — Endiablée à la fois et nonchalante — Où le corps souple s’abandonne et puis se refuse. Et les bras, passionnément levés, Semblent implorer ; Tandis que tes musiciens assis en cercle à terre Stimulent de leurs cris la danseuse énervée : Dansez la habanera Ollé ! En robe de lune Espagnole brune Ollé !