Qui plus se plaint n’est pas le plus malade…
Christine de Pizan
Cent Ballades
Sage serait qui se saroit garder
Des faulx amans qui adès ont usage
De dire assez pour les femmes frauder ;
Trop se plaignent de l’amoureuse rage
Qui plus les tient que l’oisellet la cage,
Et vont faignant qu’ilz en ont couleur fade ;
Mais quant a moi tiens de certain corage,
Qui plus se plaint n’est pas le plus malade.
Qui les orroit jurer et bien bourder,
Faire semblant d’être plus serf qu’un page,
Aller, venir, muser et regarder,
Et en parlant recouper leur langage
Pour décevoir, a pou n’est il si sage
Eux guermenter a la plaisant et sade !
Mais on peut bien jugier a leur visaige,
Qui plus se plaint n’est pas le plus malade.
De tels amans Dieux les veuille amender.
Il en est moult, je crois, dont c’est dommage,
Qui partout vont aux dames demander
Grace et merci, ou envoyent message,
Qui ne le font fors pour querre avantage
En certains lieux ; pour ce dit ma ballade,
Qu’en ce cas cy, tant soit de haut parage,
Qui plus se plaint n’est pas le plus malade.