Au BAL
Léocadie Hersent-Penquer
Les salons éclairés se remplissaient de joie; :
Les femmes, s'asseyant sur des fauteuils de soie, !
Échangeaient des saluts, des sourires aussi, f
Et leurs fronts radieux paraissaient sans souci.
Les danses se formaient. La valse tournoyante
Emportait dans sa course une foule ondoyante;
Les rubans, enrichis des plus belles couleurs,
Semblaient des papillons volant parmi des fleurs.
Les regards se croisaient tout remplis d'étincelles,
Et les seins palpitants soulevaient les dentelles;
Et les mains se pressaient, frissonnant de plaisir;
Et le frisson des mains allumait le désir.
Le bruit des doux propos, le souffle des haleines,
Se mêlaient comme, au vent, les murmures des plaines.
La danse, presque folle, ébranlait les parquets.
Les hommes, aspirant le parfum des bouquets,
Cherchaient, la tête en feu, le cœur rempli de flamme,
L'ivresse dans la danse et l'amour dans la femme !
Tous paraissaient heureux, tous!.
un seul excepté :
Ses regards, mi-voilés comme une nuit d'été,
Semblaient être perdus dans la tristesse et l'ombre.
Son front, déjà pensif, était encor plus sombre.
Mais, tout à coup, je vis ses regards s'enflammer;
Je vis, dans son œil noir, des éclairs s'allumer,
Son front pâle rougir ainsi que dans la fièvre :
C'est que ma main, montant de mon sein à ma lèvre,
Y portait lentement une petite fleur,
Une fleur sans parfum, pourtant, et sans couleur ;
Une humble pâquerette, humble comme moi-même.
Mais la fleur voulait dire au jaloux : — Je vous aime ! —