À l’ombre d’un enfant

Victor Hugo

Odes et Ballades — 1826

Oh ! parmi les soleils, les sphères, les étoiles, Les portiques d’azur, les palais de saphir, Parmi les saints rayons, parmi les sacrés voiles Qu’agite un éternel zéphyr ; Dans le torrent d’amour où toute âme se noie, Où s’abreuve de feux le séraphin brûlant, Dans l’orbe flamboyant qui sans cesse tournoie Autour du trône étincelant ; Parmi les jeux sans fin des âmes enfantines, Quand leurs soins, d’un vieil astre, égaré dans les cieux, Avec de longs efforts et des voix argentines, Guident les chancelants essieux ; Ou lorsqu’entre ses bras quelque vierge ravie Les prend, d’un sain baiser leur imprime le sceau, Et rit, leur demandant si l’aspect de la vie Les effrayait dans leur berceau ; Ou qu’enfin, dans son arche éclatante et profonde, Rangeant de cieux en cieux son cortège ébloui, Jésus, pour accomplir ce qui fut dit au monde, Les place le plus près de lui ; Oh ! dans ce monde auguste où rien n’est éphémère, Dans ces flots de bonheur que ne trouble aucun fiel, Enfant ! loin du sourire et des pleurs de ta mère, N’es-tu pas orphelin au ciel ?