La parure

Marie Krysinska

Joies errantes — 1894

Un peu de l’âme somptueuse et barbare De nos primitifs aïeux Passe en nous avec les feux des pierres rares Et l’éclat du métal précieux. L’or ciselé en bagues alliantes Et en bracelets nous enchaîne D’une fidèle tendresse où s’enchante La tendresse de nos grand’mères lointaines. Les perles rient en colliers Sur notre cou qu’elles caressent Licencieuses comme au beau temps Des mouches, des paniers Et des galantes paresses. Les mousselines légères Nous font Un cœur de papillon, Et les fraîches toiles à fleurettes suggèrent Un cœur de bergère. Dans la soie murmurante et cäline C’est l’amoureuse qui veut qu’on devine Ses abandons et ses langueurs, toutes. Les plis souples de la dentelle Sont d’aimables routes Fleuries, vers la fantaisie fière qui s’y recèle. Le riche apparat des velours Nous fait un peu reine, Un peu châtelaine aux fastueuses amours. Mais en l’asile discret des sombres laines Une âme de nonnain Nous vient ; Tant l’Art et le Rêve sont les vrais vainqueurs De nos faibles cœurs.