TROIS AGES
Léocadie Hersent-Penquer
Enfant, que vois-tu dans tes rêves?
-Je vois des grèves
Rouler vers moi, comme un trésor,
Des sables d'or;
Ou des flammes mystérieuses
Et radieuses,
Etinceler sur mon berceau
Comme un flambeau.
Je vois de ravissants mélanges
D'enfants et d'anges
Danser, en se tenant la main,
Dans mon chemin.
Je vois une ombre qui s'élance
Vers l'espérance,
Vers l'avenir, vers le grand jour
Et vers l'amour.
Cette ombre m'appelle et m'attire
Par un sourire.
Elle me berce entre ses bras
Et dit tout bas : -
« Enfant, je suis la Providence :
« Je récompense
« L'humble cœur qui subit ma loi
« Et croit en moi.
« Je protège tous ceux qui prient
« Et qui sourient,
« Car prière ou joie, en tout lieu,
« Monte vers Dieu.
« Et je donne à l'enfant qui joue,
« Sur chaque joue,
« Quand sa mère vient l'embrasser,
« Un doux baiser. »
Jeune fille, joyeuse encore
Comme l'aurore,
Que vois-tu venir dans ton jour?
-Je vois l'amour.
Je vois son regard qui rayonne
Et m'environne;
Mon cœur s'enflammer sous sa main
D'un feu divin.
Je vois, même dans la nuit sombre,
Voilé par l'ombre,
Ce feu secret qui brûle et luit,
Et m'éblouif.
Je vois mon chemin qu'on parsème
Des fleurs que j'aime,
Etinceler, à l'horizon,
Comme un rayon.
Je vois l'avenir, sans alarmes
Et plein de charmes,
Me donner richesse et grandeur,
Joie et splendeur.
— (il —
Ou bien encor, dans un doux rêve,
Mon cœur s'élève
Vers des désirs plus généreux,
Vers d'autres vœux ;
Vers une vie humble et discrète,
Un peu coquette,
Où, femme, je saurai parfois
Dicter des lois;
Mais où, tout à l'homme que j'aime,
Mon diadème
Passera de mon front au sien,
S'il le veut bien !
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Beau vieillard, plein d'expérience
Et de science,
Apprends-moi vite tes secrets
Et tes regrets.
Dis-moi, qu'as-tu vu dans ta vie?
—J'ai vu l'envie
S'emparer, même quelquefois,
Du cœur des rois.
J'ai vu l'impudeur et l'audace
Obtenir grâce,
Et le mensonge être écouté
Et répété.
J'ai vu la beauté, sans défense,
Et sans prudence,
Livrée aux regards envieux
Et curieux.
J'ai vu 1 or couvrir bien des fanges,
Perdre des anges,
Étouffer la voix de l'honneur,
Le cri du cœur;
Les sots, pleins d'un orgueil immense,
Pleins d'insolence;
Le génie humble, abandonné
Ou dédaigné.
J'ai vu l'amour, douce chimère!
Fleur éphémère !
Naître au printemps et se flétrirj
Et puis mourir.
J'ai vu la vertu, la clémence,
Sans récompense ;
Le malheur porter son fardeau
Jusqu'au tombeau.