En sortant d’une église

Victor Hugo

Toute la lyre

Ce prêtre a dit au peuple : — Enfants, baissez les yeux. Dieu n’est point l’âme vague éparse au fond des cieux. La nature vous trompe et l’univers vous leurre. Qui n’est point avec nous à jamais souffre et pleure. Ne cherchez jamais Dieu hors du texte divin ! — Ainsi l’immensité chante un cantique vain ! Quoi donc ! je dois, avant de voir Dieu tel que l’âme L’aperçoit, flamboyant d’une bonté de flamme, Avant de l’adorer tel que me le font voir Toutes les profondeurs de l’aurore et du soir, L’étoile dans l’azur, la perle dans la nacre, Faire rectifier l’Éternel par un diacre ! Il faut sous un missel prosterner notre foi ! L’aube enseigne l’amour et la Bible l’effroi ; Le curé crie : enfer ! l’astre crie : espérance ! C’est le curé qu’il faut croire de préférence ! Je dois subordonner, dans mon cœur qui bondit, Ce que dit l’univers à ce qu’un prêtre dit ! Ce n’est pas l’infini, c’est l’homme qu’il faut suivre. Quoi ! la création n’est-elle donc qu’un livre Dont les religions rédigent l’erratum ! Quoi ! les lys de Sâron, les roses, de Pœstum, La foudre, le soleil dorant la solitude, N’ont pas dans leur lumière autant de certitude Qu’un symbole en latin ou qu’un dogme en hébreu ! Tout bien considéré, nous destituons Dieu !