i . J’ai vu passer un char

Francis Jammes

Poèmes mesurés — 1908

J’ai vu passer un char. L’élastique bruyère le chargeait. Elle sert à faire la litière. Amie des fins d’Été, bruyère, tu regrettes les traînées de soleil longues et violettes quand, parmi les chemins craquelés, le perdreau ruse par des lacets et s’envole d’en haut… Son aile courbe, enfin ralentie, plane et plonge dans tes touffes trouées comme sont les éponges. Et la lande est si vaste, elle est si pleine d’air que le chasseur croirait fouler un fond de mer.