Le Pas

Henri de Régnier

Les Médailles d’argile — 1900

L’Amour passe. Regarde, écoute, attends, espère ; Son pas mystérieux est partout en chemin Et, visiteur du soir, du jour ou du matin, Il sait ton seuil bruyant ou ton seuil solitaire. Le voici. Devant lui, pour qu’il se désaltère, Dispose sur la table où choisira sa main La coupe de ta source ou l’outre de ton vin. Il rira. Tu riras à ton tour pour lui plaire. Dors en ses bras comme j’y dormis en pensant Arrêter à jamais cet éternel Passant. Il est debout déjà dans l’aube et toi tu dors, Sans entendre tout bas se poser sur la dalle Pour partir, et tandis que l’autre est nu encor, L’un de ses pieds déjà chaussé de la sandale.