J’ay esté par un long temps

Pernette du Guillet

Rymes — 1545

J’ay esté par un long temps Deceue de l’esperance : Et si encor point n’attens D’elle plus grand’asseurance, Que celle là, que ma foy Me peult promettre de soy. Je voy les uns fort contents, Les autres pleins de souffrance : De ceulx là les rys j’entens, De ceulx cy la douleance : Ces passions j’apperçoy Regner toutes deux en moy. Je rys du bien, ou je tens En tresgrand’ resjouyssance : Et pleure, que je pretens Qu'un autre en ayt jouyssance : Ce que de mes yeulx je voy, Et a grand peine le croy. Toutesfois tel passetemps Me donne encor confiance, Qu'un jour je verray le temps, Que cil fera la vengeance Du mal qu'il m'à faict de soy Au bien, ou je me deçoy.