Les Rochers

Émilie Arnal

La Maison de granit — 1910

Ce soir le vent du nord souffle sur la montagne, Et de ce tourbillon tout subit la rigueur. Tel, dans le drame antique, un murmure du chœur, Le long gémissement d’une voix l’accompagne. De lourds blocs de granit parsèment la campagne : Ils jaillirent aux jours lointains où fut vainqueur Le Feu mystérieux qui dévorait au cœur Et qui broyait aux flancs la Terre, sa compagne. Les noirs roches géants d’un front superbe et fier Supportent la tourmente ; ils subirent hier L’assaut qui les rendit pour toujours immuables. Et, comme eux, les humains par la vie emportés Au choc des passions doivent être heurtés Avant de se sentir, enfin, inébranlables.