La Fille ardente

Émile Verhaeren

Les Blés mouvants — 1912

Vents, dénouez mes longs cheveux Et brûlez-en mes amoureux. Mouillez mes mains, fraîche rosée, Et qu’aussitôt mille désirs Se rassemblent pour les saisir Quand je les tends de ma croisée. Pluie aimante, lavez mes yeux Pour qu’ils soient clairs comme l’audace Et que les bourgs par où je passe Sentent flamber mon cœur en feu. Et vous, soleil, dorez ma tête, Dorez mes seins, et tout mon corps À l’heure où l’amant le plus fort Courbe ma chair sous sa conquête. Vents, dénouez mes longs cheveux Et brûlez-en mes amoureux.