Janvier. Il neige !

Amélie Gex

Poésies — 1879

Il neige ! il neige ! — On voit sortir, Malgré le froid et la rafale, Les écoliers qui vont bâtir Palais royal et cathédrale. Voyez passer, leste et fiévreux, Tout le collége ; On court, on crie, on est heureux ! Il neige ! il neige ! Il neige il neige ! Au coin du feu La soupe attend, la table est mise ; On boit pour s’échauffer un peu, Pour se distraire l’on se grise… En hiver, quel est le repas Que l’on abrége ? Le temps, d’ailleurs, ne presse pas : Il neige ! il neige ! Il neige ! il neige ! — Au Casino Masques joyeux s’en vont par bande ; Pierrot criard et domino Des baisers font la contrebande ! Et les cochers, du haut en bas, Sur leur grand siége, Sont vraiment poudrés à frimas ; Il neige ! il neige ! Il neige il neige ! — Ô voyageur, Loin devant toi la route est blanche : Vois ! sur les monts, le vent rageur Fait crouler la lourde avalanche ; Il faut veiller, car un vieux loup Te fait cortége… Dans le sentier reste debout ! Il neige ! il neige ! Il neige ! il neige ! — Oh ! qu’ils ont froid Les petits gars dans la chaumière, L’ouvrière en son bouge étroit, Sans feu, sans pain et sans lumière… Les tristes cœurs !… aucun espoir Ne les allége ! L’hiver est long et, chaque soir, Il neige ! il neige ! Il neige ! il neige ! — On ne voit plus Sur les morts la croix de bois sombre ; Dormez, dormez, pauvres reclus !… Moins que nous vous souffrez de l’ombre ! Le sommeil qui fait oublier, Morts, vous protége ! Dormez ! sur votre ancien foyer Il neige ! il neige !