La voix de la muse

Antoine de Latour

Loin du foyer — 1835

Lorsque j'ai mis le pied dans le sombre chemin, Une voix du passé me suit et me rappelle, Voix faible en commençant, mais qui porte avec elle L'ineffable regret du rivage lointain. C'est la muse, et sa voix, comme une mer sans frein Qui s'enfle et qui menace autour d'une nacelle, Grossit, et fait vibrer dans mon âme rebelle La lyre du remords et ses cordes d'airain. Et vaincu tout-à-coup par cette voix divine, Je vais reprendre, au bas de la sainte colline, Le sentier de ma mère où l'ivraie a poussé, Et la voix tout-à-coup redevient faible et douce, Et quand j'arrive au bord du sentier délaissé, Ce n'est plus qu'un soupir qui s'endort dans la mousse.