Le Buveur

Henri de Régnier

Les Médailles d’argile — 1900

Petite la maison et vaste le cellier Pour que l’outre ventrue et que l’amphore obèse Côte à côte dans l’ombre y reposent à l’aise ; Maçon, n’épargne pas la brique du potier. Qu’un autre m’équarrisse en ce beau chêne entier Dont les rameaux miraient leur feuillage au Galèse La poutre, et qu’on l’ajuste ensuite à la mortaise ; N’épargnez rien, pas plus le bois que le mortier. Toi qui sais imiter les figures humaines, Dans la glaise, fais-moi pareil au vieux Silène Ivre et comme lui barbouillé de lie, et prends La terre la plus rouge et la plus savoureuse Pour qu’on voie, au-dessus de la porte, en entrant, Mon image avinée en l’argile vineuse.