SYLVAIN ET SYLVIE, idylle

Léocadie Hersent-Penquer

Sylvie est blonde et rose; Une fleur fraîche éclose A bien moins de fraîcheur. Sa main est blanche et fine ; Une robe d'hermine A bien moins de blancheur. Sylvain est brun et pâle ; Sa joue est une opale, Son front est transparent ; On y voit sa belle âme ; Son esprit, une flamme ! Sa pensée, un torrent ! Son œil bleu, qui flamboie Sous ses longs cils de soie, A l'air d'être un saphir. Mais elle ? — Sous son voile, Son œil est une étoile, Une perle d'Ophir ! Sa taille est ronde et frêle ; Son cœur de tourterelle Est créé pour aimer. Mais lui ? — Sa voix sonore Est faite, plus encore, Pour séduire et charmer ! La fleur de l'espérance Fleurit, sans préférence. Pour Sylvie ou Sylvain. Ils sont rois de la pîaine : Elle n'en est pas vaine, Et lui n'en est pas vain. Aux fêtes du village Chacun leur rend hommage; Chacun les suit des yeux. Et moi, je les admire Et j'accorde ma lyre Pour les chanter tous deux. - Dans son humble chaumière, Sur son lit de bruyère, Elle dort, ô douceur ! Lui rêve, sur sa couche, Une main sur sa bouche ; Une main sur son cœur ! Elle sort avec l'aube, Et va, portant sa robe, Sur son bras blanc et beau ; Marchant dans la rosée, Elle cueille, à brassée, L'herbe pour son troupeau. Lui, pâtre de Bretagne, ,:1 La suit sur la montagne Dès que vient le réveil, Glanant sur son passage Les roses du bocage, Les rayons du soleil. * Non, les bergers qu'Homère Vit, dans sa nuit amère, Accourir à sa voix, N'étaient pas plus avides De ces chansons splendides Qu'on entend dans les bois ! Je changerais ma vie, Pour être, soit Sylvie Ou Sylvain, tour à tour : Sylvie est la plus belle ; Sylvain le plus fidèle, Et tous deux ont l'amour ! Juin 18.