Dames, s’il est permis

Pernette du Guillet

Rymes — 1545

Dames, s’il est permis, Que l’amour appetisse Entre deux cueurs promis, Faisons pareil office : Lors la legereté Prendre sa fermeté. S’ilz nous disent volages Pour nous en divertir : Asseurons noz courages De ne nous repentir, Puis que leur amytié Est moins, que de moytié. Se voulantz excuser, Que leur moytié perdue Peult ainsi abuser Tant, quelle soit rendue : La loy pour nous fut faicte Empruntant leur deffaicte. Si j’eusse esté apprise, Comme il failloit aymer, Je n’eusse esté reprise Du feu trop allumer, Qu’estaindre j’ay bien sceu, Quand je l’ay apperceu. Ne nous esbahissons Si le vouloir nous change : Car d’eulx nous congnoissons La vie tant estrange, Qu’elle nous à permis Infinité d’amis. Mais puis qu’occasion Nous à esté donnee, Que nostre passion Soit a eulx adonnee : Amour nous vengera, Quand foy les rengera.