Crépuscule (Alors souffle le vent, le vent hideux du soir)
Victor Hugo
Océan vers — 1942
Alors souffle le vent, le vent hideux du soir.
Chaque brin d’herbe siffle et semble une vipère ;
La nuit pâle, éveillant les loups dans leur repaire.
Vient et mêle aux buissons les sentiers tortueux ;
On entrevoit, au seuil des antres monstrueux,
Des sphinx aux yeux de femme accroupis sur leurs pattes ;
C’est l’heure des Circés, des larves, des Hécates ;
On croit voir briller l’œil des magiques griffons ;
Et le noir voyageur, dans les ravins profonds.
Se hâte, sans oser regarder en arrière ;
L’affreux hallier frissonne autour de la clairière.
L’eau sinistre soupire, et l’arbre aux sombres nœuds
Se tord farouche au fond des bois vertigineux.