Le Vétéran

Henri de Régnier

Les Médailles d’argile — 1900

Aux Priapes gardiens du cep et de la graine J’ai consacré jadis le bornage et l’arpent Et confié l’étable et le bercail à Pan Qui fait croître la corne et préserve la laine. Depuis, le glaive court et brusque, de sa graine, Bat ma cuisse et j’écoute infatigablement Retentir sur la dalle et sur le dur ciment Ma semelle de cuir que la victoire entraîne. Soldat qui fut pasteur, j’ai humé l’air romain ; Et, quittant le troupeau pour la Louve d’airain, J’ai suivi l’Aigle d’or éployée à la pique ; Mais un regret natal émeut mon cœur troublé Si j’entends, du sol grec ou du sillon celtique, Une caille qui chante au coin d’un champ de blé.