La Victoire

Henri de Régnier

1914-1916 — 1918

« Si je porte à mon dos ces deux ailes divines Et si ce noir laurier ceint mon front éclatant, Si cette palme luit à ma main qui la tend, Si mon nom fait battre les cœurs dans les poitrines ; « Si mon vol triomphal devant qui tu t’inclines, Ô Destin, est encor plus beau d’être inconstant, C’est que je suis toujours le signe qu’on attend Et que j’ai vu Valmy comme j’ai vu Bouvines ; « Car, mille fois, au cours du temps et de l’histoire, J’ai sauvé ta fortune et protégé ta gloire, Ô France, et mille fois je t’ai baisée au front ; « Et c’est moi, hier encor, mère de la Patrie, Qui refis, sur les bords de la Marne rougie, De tes fils, ces vainqueurs qui, demain, revaincront ! »