À Charles Muller

Henri de Régnier

1914-1916 — 1918

Je vous ai vu jadis qui passiez dans la vie, Svelte et mince, un éclair de gaîté dans les yeux… C’était au temps lointain où, pour Paris joyeux, S’exerçait en riant votre verve applaudie. Dans la coupe d’or pur que lève le génie, Vous mêlâtes avec un air malicieux Au breuvage immortel dont s’enivrent les Dieux Quelques grains d’élégante et discrète ironie. La guerre ! Vous voici debout au premier rang Dans la mêlée et la mitraille, dans le sang, Avec ce fier regard au Destin qui s’avance ; Et vous avez montré à plus d’un qui tomba Comment on meurt, héroïquement, pour la France À la manière de Charles Müller, soldat.