Ballade XXVIII
Charles d’Orléans
Poème de la prison
En la nef de Bonne Nouvelle
Espoir a chargié Réconfort,
Pour l’amener, de par la belle,
Vers mon cueur qui l’aime si fort.
A joie puist venir au port
De Désir, et pour tôt passer
La mer de Fortune, trouver
Un plaisant vent venant de France,
Où est à présent ma maîtresse
Qui est ma douce souvenance,
Et le trésor de ma lyesse.
Certes moult suis tenu à elle,
Car j’ai sceu, par loyal raport,
Que contre Dangier le rebelle
Qui mainteffois me nuist à tort,
Elle veut faire son effort
De tout son povoir de m’aidier,
Et, pource, lui plaît m’envoyer
Cette nef plaine de Plaisance
Pour estoffer la forteresse,
Où mon cueur garde l’Espérance,
Et le trésor de ma lyesse.
Pource, ma volonté est telle,
Et sera jusques à la mort.
De toujours tenir la querelle
De Loyauté, où mon ressort
J’ai mis ; mon cueur en est d’accort.
Si vueil en ce point demourer,
Et souvent Amour mercier,
Qui me fit avoir l’acointance
D’une si loyalle Princesse,
En qui puis mettre ma fiance
Et le trésor de ma lyesse.
Dieu veuille celle nef garder
Des robeurs, escumeurs de mer,
Qui ont à Dangier aliance,
Car, s’ilz povoient, par rudesse
M’osteroient ma desirance,
Et le trésor de ma lyesse.