Seule en Forêt

Lucie Delarue-Mardrus

La Figure de proue — 1908

Seule en forêt, sans yeux pour profaner les transes Du mystère, je veux le plus beau des étés. Je serai couronnée, à travers les essences, De chèvrefeuille en fleurs et de cheveux nattés. Je suis un petit faune ivre de sève verte. Évohé ! Évohé ! Les chênes sont humains ! Pour découvrir en eux l’hamadryade offerte, À tous j’écarterai l’écorce avec mes mains. J’aime ! J’aime ! Et l’amour des êtres m’effarouche… Mais, depuis tant de nuits que je t’ai dans le sang, Nature ! reçois donc, dans ce cri de ma bouche, Mon désir, mon respect, mon cœur d’adolescent !