Puis que Fortune m’est contraire
Christine de Pizan
Cent Ballades
Se Fortune a ma mort jurée,
Et du tout tasche a moi destruire,
Ou soye si maleürée,
Qu’il faille qu’en deuil vive et meure,
Que me vaut donc pestrir ne cuire,
Tirer, bracier, ne peine traire,
Puis que Fortune m’est contraire ?
Pieça de joie m’a tirée,
Ne puis ne fina de moi nuire,
Encore est vers moi si yrée,
Qu’adès me fait de mal en pire,
Quanque bastis elle descire,
Et quel proffit pourroye attraire,
Puis que Fortune m’est contraire ?
Son influance desraée
Cuidoye tous jours desconfire,
Par bien faire a longue endurée.
Cuidant veoir aucun temps luire
Pour moi qui meseür fait fuire.
Mais riens n’y vaut, je n’y puis traire,
Puis que Fortune m’est contraire.