Aubade parisienne

François Coppée

Le cahier rouge — 1892

Pour venir t'aimer, ma chère, Je franchis les blancs ruisseaux, Et j'ai l'âme si légère Que j'ai pitié des oiseaux. Quel temps fait-il donc ? Il gèle, Mais je me crois au printemps. Entends-tu, mademoiselle ? Tu m'as rendu mes vingt ans. Tu m'as rendu ma jeunesse. Ce cœur que je croyais mort, Je veux pour toi qu'il renaisse ; Écoute, comme il bat fort ! Quelle heure est-il ? Tu déjeunes ; Prends ce fruit et mords dedans. C'est permis, nous sommes jeunes, Et j'en mange sur tes dents. Parle-moi, dis-moi des choses. Je n'écoute pas, je vois S'agiter tes lèvres roses Et je respire ta voix. Je t'aime et je t'aime encore ; A tes pieds je viens m'asseoir. Laisse-moi faire ; j'adore Le tapis de ton boudoir !