Ballade XIX (Douleur, Courroux, Desplaisir et Tristesse)

Charles d’Orléans

Poème de la prison

Douleur, Courroux, Desplaisir et Tristesse Quelque tourment que j’aie main et soir. Ne pour doubte de mourir de destresse, Jà ne sera en tout votre povoir De me changier le tresloyal vouloir Qu’ai eu toujours de la belle servir Par qui je puis et pense recevoir Le plus grant bien qui me puist avenir. Quant j’ai par vous aucun mal qui me blesse, Je l’endure par le conseil d’Espoir Qui m’a promis qu’à ma seule maîtresse Lui fera brief mon angoisse savoir. En lui mandant qu’en faisant mon devoir, J’ai tout les maux que nul pourrait souffrir. Lors trouveray, je ne sais s’il dit voir, Le plus grant bien qui me puist avenir. Ne m’espargniez donc en rien de rudesse, Je vous ferai bien brief appercevoir Qu’aurai secours d’un confort de Lyesse. Long temps ne puis en ce point remanoir, Pource je metz du tout à non chaloir Les tresgrans maux que me faites sentir. Bien aurez deuil, se me voyez avoir Le plus grant bien qui me puist avenir. Je suis celui au cueur vestu de noir Qui dis ainsi, qui que le veuille ouïr : J’aurai briefment, Loyaulté m’en fait hoir, Le plus grant bien qui me puist avenir.