Cour de Ferme

Émile Verhaeren

Les Plaines — 1911

La neige a chu, myriadaire et successive, Couvrant la grange vieille et le fournil branlant, Et sur le pommeau noir de la pompe massive Posant en rond un pommeau blanc. Dans le chemin qu’il fraye, De la meule jusqu’à la haie, Les clous que le valet planta dans ses souliers Se comptent ; Aucun oiseau n’affronte L’air rugueux et meurtrier ; Depuis deux jours entiers La girouette maintient au Nord La lance d’or De son mobile cavalier ; Et le chien dans sa niche est réduit au silence. Alors, Les bras chargés de seaux que sa marche balance, La servante qui trait Sort de l’étable et, lente, au long des murs s’avance, Quand, tout à coup, un pan de neige épais Tombe tout droit Du toit Et plonge sa blancheur dans la blancheur du lait.