L’Homme et la Puce
Jean de La Fontaine
Fables — 1678
Par des vœux importuns nous fatiguons les Dieux :
Souvent pour des sujets mesme indignes des hommes.
Il semble que le Ciel sur tous tant que nous sommes
Soit obligé d’avoir incessamment les yeux,
Et que le plus petit de la race mortelle,
A chaque pas qu’il fait, à chaque bagatelle,
Doive intriguer l’Olympe et tous ses citoyens,
Comme s’il s’agissoit des Grecs et des Troyens.
Un sot par une puce eut l’épaule morduë.
Dans les plis de ses draps elle alla se loger.
Hercule, ce dit-il, tu devois bien purger
La terre de cette Hydre au Printemps revenuë.
Que fais-tu Jupiter, que du haut de la nuë
Tu n’en perdes la race afin de me venger ?
Pour tuer une puce il vouloit obliger
Ces Dieux à luy prester leur foudre et leur massuë.