Quand vous voyez que l’estincelle

Pernette du Guillet

Rymes — 1545

Quand vous voyez, que l’estincelle De chaste Amour soubz mon esselle Vient tous les jours a s’allumer, Ne me debvez vous bien aymer ? Quand vous me voyez tousjours celle, Qui pour vous souffre, & son mal cele, Me laissant par luy consumer, Ne me debvez vous bien aymer ? Quand vous voyez, que pour moins belle Je ne prens contre vous querelle, Mais pour mien vous veulx reclamer, Ne me debvez vous bien aymer ? Quand pour quelque autre amour nouvelle Jamais ne vous seray cruelle, Sans aucune plaincte former, Ne me debvrez vous bien aymer ? Quand vous verrez, que sans cautelle Tousjours vous seray esté telle, Que le temps pourra affermer, Ne me debvrez vous bien aymer ?