La Chanson de Sophocle à Salamine

Victor Hugo

La Légende des siècles

Me voilà, je suis un éphèbe, Mes seize ans sont d’azur baignés ; Guerre, déesse de l’Érèbe, Sombre guerre aux cris indignés, Je viens à toi, la nuit est noire ! Puisque Xercès est le plus fort, Prends-moi pour la lutte et la gloire Et pour la tombe ; mais d’abord Toi dont le glaive est le ministre, Toi que l’éclair suit dans les cieux, Choisis-moi de ta main sinistre Une belle fille aux doux yeux, Qui ne sache pas autre chose Que rire d’un rire ingénu, Qui soit divine, ayant la rose Aux deux pointes de son sein nu, Et ne soit pas plus importune À l’homme plein du noir destin Que ne l’est au profond Neptune La vive étoile du matin. Donne-la-moi, que je la presse Vite sur mon cœur enflammé, Je veux bien mourir, ô déesse, Mais pas avant d’avoir aimé.