Ballade XXXIII

Charles d’Orléans

Poème de la prison

L’amant. — Se je vous dis bonne nouvelle, Moncueur, que voulez vous donner ? Le cueur. — Elle pourrait bien être telle Que moult chier la vueil acheter. L’amant. — Nul guerdon n’en quier demander. Le cueur. — Dittes tôt doncques, je vous prie, J’ai grant désir de la savoir. L’amant. — C’est de votre Dame et amye Qui loyaument fait son devoir. Le cueur. — Que me savez vous dire d’elle Dont me puisse reconforter ? L’amant. — Je vous dis, sans que plus le celle, Qu’elle vient par deçà la mer. Le cueur. — Dittes vous vrai ? Sans me moquer ! L’amant. — Ouil, je vous le certiffie, Et dit que c’est pour vous véoir. Le cueur. — Amour humblement j’en mercie Qui loyaument fait son devoir. L’amant. — Que pourrait plus faire la belle Que de tant pour vous se pener ? Le cueur. — Loyaulté soustient ma querelle, Qui lui fait faire sans doubter. L’amant. — Pensez doncques de bien l’amer. Le cueur. — Si ferai je toute ma vie, Sans changier, de tout mon povoir. L’amant. — Bien doit être dame cherie, Qui loyaument fait son devoir.