Ballade XLIV

Charles d’Orléans

Poème de la prison

Dangier je vous giette mon gant, Vous apellant de traïson, Devant le Dieu d’Amours puissant Qui me fera de vous raison : Car vous m’avez, mainte saison, Fait douleur à tort endurer, Et me faites loin demourer De la nonpareille de France. Mais vous l’avez toujours d’usance De grever loyaulx amoureux. Et pource que je suis l’un d’eux, Pour eux et moi prends la querelle ; Par Dieu, vilain, vous y mourrés Par mes mains, point ne le vous celle, S’ à Léauté ne vous rendés. Comment avez vous d’orgueil tant Que vous osez, sans achoison. Tourmenter aucun vrai amant Qui, de cueur et d’entencion. Sert Amours sans condicion ? Certes moult êtes à blâmer, Pensez doncques de l’amender. En laissant votre malvueillance, Et, par treshumble repentance, Alez crier merci à ceux Que vous avez fais douloreux, Et qui vous ont trouvé rebelle. Autrement pour seur vous tenez Que de gage je vous appelle, S’ à Léauté ne vous rendés. Vous êtes tous temps mal pensant, Et plain de faulse soupeçon ; Ce vous vient de mauvais talant Nourry en courage felon. Quel mal ou ennui vous fait on, Se par amours on veut amer, Pour plus aise le temps passer En lyée, joyeuse Plaisance ? C’est gracieuse Desirance. Pource, faulx, vilain, orgueilleux, Changiez vos vouloirs oultragieux, Ou je vous ferai guerre telle Que, sans faillir, vous trouverés Qu’elle vauldra pis que mortelle, S’ à Léauté ne vous rendés.