LE MENTEUR

Léocadie Hersent-Penquer

Omenteuriômenteur d'amour! Mme DESBORDES-VALMORE. Pourquoi me disais-tu, quand j'étais jeune et belle : -«La beauté vaut bien mieux que fortune etgrandeur? »— Pourquoi me disais-tu :—« Mon amour est fidèle! »)----' 0 menteur ! ô menteur ! Pourquoi me disais-tu, le soir, à la veillée : —« Ta voix charme et possède un attrait séducteur, « Comme une voix d'oiseau qui chante en sa feuillée? »— 0 menteur ! ô menteur ! Pourquoi me disais-tu, quand l'humble fleur que j'aime Parfumait mon corsage et mourait sur mon cœur : - « Mourir ainsi pour moi serait le bonheur même? » 0 menteur ! ô menteur ! Pourquoi me disais-tu souvent dans nos ivresses, Quand mes yeux rencontraient ton regard enchanteur: - « Tes regards sont plus doux encor que tes caresses? » 0 menteur ! ô menteur ! Pourquoi me disais-tu :—« Nous vieillirons, chère âme; « Mais j'aimerai toujours ta beauté dans sa fleur; « Notre amour, et ta voix, et tes regards de flamme! »— 0 menteur ! ô menteur ! A * * * Elle a dix-huit ans. Elle est belle; Son œil de jais noir étincelle, Ses regards sont éblouissants ; Ils illuminent tout dans l'ombre, Et cependant son front est sombre Comme la cime des volcans. Ce front cache-t-il un cratère? Un rêve ardent? un noir mystère? Un pressentiment de malheur? Le doute a-t-il atteint cette âme, Ou le chagrin ce cœur de femme? Un ver est-il dans cette fleur? Quand je la vois, superbe et pâle, Draper sa robe virginale, Comme on drape un manteau de cour, Je crois voir la fière Hermione, Ou Monime, dont l'œil rayonne, Passer devant moi tour à tour ; Ou Chimène, dont l'œil flamboie; Ou Camille, dont l'œil foudroie Horace, Rome et les Romains; Ou bien la Phèdre qui s'ignore, Qui s'étonne et qui cherche encore Pourquoi son cœur brûle ses mains. Je crois voir Corinne enivrée; Ou Sapho, la triste inspirée; Ou l'ombre d'Ariane en pleurs ; Ou l'ombre encor plus désolée De Didon qui tombe, accablée Sous le fardeau de ses douleurs. Ou Judith qui frappe Holopherne, Comme Hercule l'hydre de Lerne, Sans frémir et sans hésiter; Ou Dalila, l'enchanteresse, Qui dompte, avec une caresse, Samson que nul ne put dompter ! Je crois voir la Vestale antique, Debout sur un rocher celtique, Évoquant l'oracle et les dieux. Je crois voir. mais ici tout change : Ce n'est plus la femme, c'est l'ange Que je vois resplendir aux cieux! Je vois, sur un monde en ruine, Apparaître une ombre divine. Cette ombre attire mon regard : C'est Sémida, la dernière Ève, Que Soumet trouve, dans son rêve, Assise au pied du mont Arar ! Non, cette Ève transfigurée, Ennoblie et régénérée; Non, cette Ève, aux pieds du Sauveur, N'eut jamais, même dans les larmes, Plus de prestige et plus de charmes Que cette vierge au front rêveur ! Si j'étais l'ange qu'elle appelle, Je voudrais répandre autour d'elle, Dans l'ombre, à l'abri du Seigneur, Tout ce qui fait aimer la vie; Tout ce qu'on rêve ou qu'on envie; Tout ce qui fait croire au bonheur : L'espérance, ce lis sans tache Auquel tout noble cœur s'attache, Ainsi que le lierre à l'ormeau; La paix, cette fleur solitaire; L'amour, cette fleur du mystère ; La foi, cet arbre au vert rameau ! Janvier 186..