Le Galant émigré

Henri de Régnier

Les Médailles d’argile — 1900

Dans le cadre d’acier où l’a peint le pinceau Qui lui poudra la tête et lui bleuit la joue Sa bouche s’enjolive et s’arque d’une moue De galant officier qui se sait tendre et beau. Sur l’uniforme blanc à parement ponceau, Comme un papillon noir voltige, rôde et joue Le ruban qui retient la perruque qu’il noue… L’amour partout pour lui alluma son flambeau. La Révolution passa comme un torrent À ses pieds ; il l’enjambe, émigre et vit errant ; Maint bel œil tour à tour captive l’infidèle, Et, dans le cadre, on voit des cheveux, au revers, Enlacer, blonds et bruns, au chiffre qui les mêle, L’alphabet abrégé de ses amours divers.