Les hommes sont à l’œuvre en leur antre profond

Victor Hugo

Toute la lyre

Les hommes sont à l’œuvre en leur antre profond, La grande cité sombre ; ils font tout ce qu’ils font Avec de la noirceur et de la petitesse ; Leurs puissants chefs, qu’on nomme empereur, sire, altesse, Sont chétifs ; les passants vont et viennent autour Du soldat dans sa tente et du roi dans sa tour ; La foule rôde et guette, agitée et diffuse ; Et le maître a la force et l’esclave a la ruse ; Des chars roulent, on bat l’enclume, la rumeur Passe et disperse au loin des noms comme un semeur ; La haine est dans les cœurs, le fiel est dans les bouches, Et les évènements sortent de là, farouches. Le bien se forge avec le mal ; tout est mêlé ; Une porte, dont nul ici-bas n’a la clé, Ferme la destinée, enceinte ténébreuse ; Et tous y sont murés ; on fouille, on sonde, on creuse, On cherche ; et le penseur rêve devant l’effort Et le grand bruit que font ces condamnés à mort.