En forêt de Brothonne

Lucie Delarue-Mardrus

La Figure de proue — 1908

Nous aurons tant aimé notre grande Brothonne, Ses pins nerveux, si bruns, si rouges et si roux Qu’ils semblent revêtus d’une éternelle automne, Ses hêtres de lumière aux troncs lisses et doux. Un grand frisson toujours a couru dans nos moelles D’entrer dans l’odorante et verte obscurité Où filtrent jusqu’au sol ces taches de clarté Qui remuent dans la mousse ainsi que des étoiles. Les rosaces du ciel pris entre les rameaux Et l’élan biaisé des branches principales Récitaient la prière inouïe et sans mots De la grande forêt, mère des cathédrales. Et, lorsque, insinuant et rouge, un soleil bas Glissait avec le soir à travers les hêtraies, Que les troncs élancés craquaient comme des mâts, Que les ombres barraient les chemins de leurs raies, Bien souvent, égarés dans le silence vert Où chuchotent l’histoire et les contes de fée, Nous attendions, dans la bruyère ébouriffée, De rencontrer Merlin ou le roi Dagobert…