J’ai ri

Henri de Régnier

Épisodes, Sites et Sonnets — 1891

J’ai ri car vous aviez en vos yeux clairs le rire Ingénu de l’Aurore au matin des Avrils, Et le futur émoi des aveux puérils Dormant aux coins muets des lèvres qui vont dire ; Et j’ai soumis naïvement à votre empire Le tribut apporté de mes orgueils virils Et n’ai voulu courir que les très doux périls De vos caprices, de vos vœux et de votre ire, Et j’élus de rêver à vos pieds sans avoir D’autre délice, d’autre prix et d’autre espoir Qu’un vol furtif des fleurs qui de vos tresses blondes Tombent devant mes yeux indifférents et morts À ces Avrils qui m’ont fait aimer les Vieux Mondes Où vous n’étiez pas née à mes rêves d’alors.